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La guerre... "une marche errante de gens qui ont perdu leur chemin". Cette phrase de Maurice Genevoix dans son oeuvre "Ceux de 14" éditée en 1949, résonne au-dessus d'une autre oeuvre majeure de Black Metal : "Oraison funèbre" des Niçois de ALIORE.
ALIORE ("ailleurs" en latin) nous a dispensés de façon indépendante ses deux albums "Somnial" (2020) et "Ethérique" (2022).
En juin 2026, le combo méditérranéen sort encore une fois seul ce dernier opus "Oraison funèbre" sur la plate-forme Bandcamp, mais Adipocere Records les repère et les fait entrer dans son giron aux côtés de Destinity, Temple Of Baal, Furia, Berserk Akhenaton et tant d'autres... en sortant l'album au format CD le 23 Novembre 2026.
Enregistré dans les studios ArtMusic, "Oraison funèbre" n'est pas un simple album ou concept-album ! Non, "Oraison funèbre" est bien plus que cela. Avec cette rondelle, ALIORE nous délivre une véritable œuvre presque cinématographique.
Action ! Nous sommes en 1919, juste après la Grande Guerre. Marianne Dufresne, le personnage principal, femme au foyer, est assassinée par son époux, un commandant que la guerre et les drogues ont rendu fou. Incarnée par la chanteuse Murmur, elle renaît sous une entité, entourée d'Aeter, l'âme fracturée du soldat tombé sous les ordres du même commandant, qui n'est autre que le fondateur du groupe, Abaddon, le batteur qui évolue aussi dans Fir-Bolg, est l'apothicaire empoisonné par ses remèdes et Dolor, le bassiste, chargé des orchestrations, incarne le médecin de guerre, retrouvé pendu au bout d'une corde, en ayant assez des horreurs qui hantent son esprit. Ainsi, tous les membres du groupe ont une fonction mais surtout un rôle dans cet opus.
Pour illustrer cette fresque, la pochette montre le reflet torturé de cette victime qu'est Marianne. L'artwork est réalisé par Emmanuelle Cotte, jeune artiste peintre, illustratrice, graphiste, ayant évolué dans l'illustration du jeu de rôle, spécialiste de l'Art Nouveau, aimant explorer l'aspect du vivant avec ses représentations de figures hybrides et ayant déjà travaillé dans le domaine en réalisant des pochettes pour Homme, Yiada et Aethereia.
Emmanuelle Cotte est décidément une artiste accomplie puiqu'il s'agit ici du nom d'État Civil de Murmur, dont la voix oscille entre souffle, chant saturé et voix claire. Comme dans "Renaissance", titre inaugurant l'album, commençant par une double ligne douce de guitare et de piano, avant que les cordes ne s'affolent dans un éther malsain. Le rythme lancinant attend le cri de Murmur, de sa voix incarnée de malheur mélé de rage et de larmes... Son souffle revient avec le piano pour terminer ce premier morceau, annonçant "Appréhension" que les guitares rendent puissant et rapide. Murmur, de son chant scandé à la dernière syllabe plus prononcée, est associée à l'orchestration dramatique avant de reprendre le refrain de façon parlée, la musique faisant vaciller l'auditeur.
"Ode à la noirceur" est un titre fort, synonyme de passage de l'état corporel de Marianne à celui de spectral de Murmur. Marianne n'est plus l'épouse effacée. Elle renaît de ses cendres, puissante. Cela se concrétise par le chant crié et envoûté, ainsi que par les riffs d'Aeter et la double pédale d'Abaddon.
Tandis que "Tumulte" a une intro assez classique dans le monde métallique, son rythme est à headbanger et les orchestrations de Dolor à trembler. Si le titre peut faire office de transition, il n'en reste pas moins beau et essentiel à l'album.
Par contre, la batterie bat le rythme pour "Entretien avec le diable", morceau extrêmement dynamique. L'ambiance y est noire et baroque à souhait. On imagine aisément le Malin élégant, bien entouré dans un palais sombre. Le cri de Murmur est celui d'une créature émergeant des profondeurs de la Terre. Entre épouvante et douleur, Marianne n'est plus une larve, la chrysalide devient le paillon noir qu'est Murmur, un être fait de rage et de souffrance.
Après tant de fiel déversé, un peu de douceur est bienvenue. Cependant, il s'agit d'une douceur relative qui caractérise "Sous la lune pâle". Le rythme est plus lent, la composition un peu moins malsain, seul le "fly scream" et le rire sadique de la vocaliste font glacer le sang. Mais, on repart dans une cavalcade extrêmement mélodique de "Sombres représailles", aux accords très changeants, comme le tempo qui nous prend régulièrement à contre-pied. Suivant un tel déchaînement haineux, la guitare s'aiguise comme une lame de rasoir avant de devenir une chaîne de tronçonneuse, déchirant tout dans vos esgourdes de ses riffs. La batterie bat la cadence comme le forgeron frappe le fer. Murmur a la verve rapide, saccadée, énervée avec une énergie presque heureuse. "Marche avec moi dans les flammes" étant de la même veine.
Pour parachever l'oeuvre, la voix d'Aeter inaugure "Cendres et lumière", au son de la douce guitare et la petite caisse claire discrète, alors qu'un brasier brûle dans l'âtre. Mais tout tourbillonne autour de l'auditeur lorsque Murmur reprend sa tâche. Le rythme est presque festif, à s'en tenir les coudes lors d'une célébration. Le chant clair est surprenant de douceur, tranchant avec les cris et aux chants masculins d'arrière-plan.
Qu'il est difficile de croire que les quarante minutes de "Oraison funèbre" soient déjà passées, tant l'album est absolument magnifique, étrange et malsain comme on l'aime.
Il est aisé de pénétrer dans l'histoire de Murmur, Aeter, Dolor et Abaddon, l'auditeur devenant la cinquième âme en peine.
Alors qu'une écoute uniquement numérique n'est que possible et que seulement cent copies vinyle sont destinées à la vente sur la plateforme Bandcamp de ALIORE, gageons que la signature avec Adipocere Records permettra de donner un bel écrin à ce chef d'œuvre, "Oraison funèbre" étant certainement l'une des plus belles réalisations que le Black Metal nous a offert en 2026.
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