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Pochette ALKHEMIA
"Häxen"
2026
(Non Serviam Records)

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Discographie

Abraxas (2024)
Häxen (2026)

Deux ans après un premier long format, "Abraxas", qui avait déjà fait lever quelques sourcils dans le petit monde du Black Metal européen, ALKHEMIA revient avec "Häxen" et confirme qu'il ne s'agissait pas d'un coup de chance.

Formé à Lille en 2020 autour du chanteur James Spar, le groupe s'est rapidement structuré comme une véritable confrérie de musiciens aguerris : LePrince et Thomas Fontaine aux guitares, A.S.A à la basse (et voix additionnelles) et Alex Josien derrière les fûts. Signés chez
Non Serviam Records, les Français ont enchaîné plus de 70 dates à travers l'Europe après "Abraxas", partageant l'affiche avec des noms bien établis de la scène extrême, avant de se cloîtrer au Negurah Studio pour façonner ce deuxième opus, qui sort le 13 mars 2026 au format CD, mais également LP Vinyle édité à 100 exemplaires.

Visuellement, la pochette s'inscrit dans une esthétique sombre et ésotérique, en phase avec le titre de l'album et son obsession pour la figure de la sorcière et des marginaux. Teintes froides, symboles occultes et atmosphère de menace latente composent un écrin qui prépare l'auditeur à un voyage où la spiritualité déviante se mêle à une critique d'un monde en décomposition. Une image qui suggère, qui laisse deviner un rituel en cours...

L'album s'ouvre sur "Zeitgeist" : une introduction tendue, presque cérémonielle, laisse rapidement place à un riff tranchant, porté par un tempo vif sans être encore totalement déchaîné. La batterie d'Alex Josien alterne blasts et mid‑tempo martiaux, créant un balancement qui donne au morceau un caractère de marche funèbre accélérée. Les harmonies guitares se répondent en contre‑chant, tandis que la voix de James Spar, noyée dans une réverbération mesurée, semble surgir d'un tunnel. Le "zeitgeist" décrit ici n'est pas une simple photographie de l'époque, mais un diagnostic amer d'un monde qui s'enfonce dans la surveillance et la suspicion. En tant qu'ouverture, le titre est redoutablement efficace : il accroche immédiatement, sans dévoiler encore toutes les cartes de l'album.

"Excressence" pousse plus loin la dimension labyrinthique de l'écriture du groupe. Le morceau se déploie en plusieurs tableaux, sans jamais perdre le fil. LePrince et Thomas Fontaine tissent ici des motifs mélodiques plus développés, presque narratifs, qui se transforment progressivement au fil des mesures. La section rythmique, elle, joue sur les contrastes : passages en blasts frénétiques, breaks plus lents où la basse d'A.S.A. se fait plus audible, comme un grondement sous‑jacent. La voix, toujours écorchée, se fait parfois plus incantatoire, presque parlée, renforçant l'idée d'un texte qui décrit une excroissance, une anomalie qui grandit au cœur d'un système malade. C'est l'un des morceaux les plus aboutis du disque, à la fois dense et lisible, qui montre la capacité d'ALKHEMIA à écrire des pièces longues sans tomber dans la redite.

L'album a été entièrement enregistré, produit, mixé et masterisé par A.S.A. lui‑même au
Negurah Studio. Ce choix donne au disque une identité sonore très marquée : la production reste rugueuse, mais chaque instrument trouve sa place dans un spectre étonnamment lisible pour un album de Black Metal moderne. Les guitares occupent une large portion du champ, avec des couches mélodiques qui se superposent sans se marcher dessus, tandis que la basse, loin d'être un simple renfort, vient épaissir les harmonies et souligner les changements d'accords.

Avec "Hissing ratz", le groupe adopte une approche plus directe, tout en conservant son vernis mélodique. Le titre se construit autour de riffs nerveux, au tranchant très marqué, soutenus par une batterie qui privilégie les patterns rapides et répétitifs. Les guitares donnent au morceau une texture plus abrasive. L'ambiance évoque une infestation, une agitation souterraine, comme si ces "rats sifflants" étaient les symboles d'une corruption rampante. La voix de James Spar, plus hargneuse, se cale parfaitement sur ce registre plus agressif.

"Prekonition" marque un retour à des structures plus étirées. Le morceau s'ouvre sur un motif presque contemplatif, une mélodie mélancolique portée par des guitares en arpèges, avant que la batterie ne vienne briser cette fragile accalmie. La basse, légèrement plus présente dans le mix, sert de colonne vertébrale à ces changements de climat. "Prekonition" est l'un des sommets émotionnels de l'album, un morceau où la rage et la tristesse se confondent.

La batterie, très présente, est mixée avec un kick sec et claquant, des toms profonds et une caisse claire qui tranche sans devenir fatigante. Le mastering conserve une dynamique appréciable : on sent les montées, les respirations, les impacts, sans cette sensation de mur sonore écrasant qui plombe tant de productions contemporaines.

Une couleur légèrement différente est apportée avec "Stars and frozen faces". Plus lourd, plus resserré, le titre joue sur un contraste entre des leads de guitare presque lumineux et une rythmique sombre. La batterie, moins en mode blast continu, explore des grooves plus variés. Le thème se ressent dans la manière dont certains riffs se figent soudain, se répètent comme des masques, avant de se briser pour laisser place à une nouvelle séquence. C'est un morceau qui, sans renier la noirceur générale de l'album, laisse filtrer une forme de beauté glacée, presque contemplative.

ALKHEMIA renoue avec un ton plus désespéré, presque suffocant avec "Nonsense". Le morceau démarre sans préambule, sur un riff oppressant, soutenu par une batterie qui martèle sans relâche. La voix semble plus enfouie, comme noyée dans le tumulte. Quelques respirations apparaissent au milieu du titre, des passages légèrement ralentis où la basse se détache, mais ce ne sont que des illusions de répit avant que la machine ne se remette en marche. Le titre se distingue par ses changements de métrique subtils, qui déstabilisent l'auditeur sans jamais casser le flux.

Musicalement, ALKHEMIA se situe dans une zone de friction entre un Black Metal mélodique et un versant plus contemporain, tendu, presque post‑apocalyptique. On pense parfois à Mgła pour la façon de faire tourner des motifs hypnotiques, à Gaerea pour la densité émotionnelle, ou à Naglfar pour certains élans mélodiques, mais le groupe évite soigneusement le simple mimétisme. Les textes, écrits par James Spar, tissent un fil rouge autour de la sorcellerie, de la dissidence et d'une société qui traque ceux qui refusent de se plier à la norme. "Häxen" fonctionne ainsi comme un récit.

Enfin, "Remnants" termine l'album avec une intensité prégnante. Le morceau commence sur un motif mélodique. Les guitares se font plus aériennes, la batterie, tout en restant puissante, laisse davantage de place aux résonances, et la voix adopte parfois un registre plus grave, presque parlée. Le titre monte progressivement en intensité, jusqu'à un climax où tous les éléments se superposent sans se confondre. En guise de conclusion, "Remnants" donne l'impression d'un champ de ruines sur lequel plane encore la trace du rituel...

Ce qui frappe, une fois "Häxen" terminé, c'est la cohérence de l'ensemble. Malgré la diversité des tempos, des ambiances et des structures, l'album se tient comme un bloc, porté par une vision d'un Black Metal qui refuse à la fois la nostalgie stérile et la surenchère de modernité. Le travail de production d'A.S.A. permet aux compositions de respirer et aux émotions de passer sans filtre.

Les guitares de LePrince et Thomas Fontaine, toujours inspirées, évitent le piège du tremolo sans fin en variant les approches : riffs tranchants, leads mélodiques, arpèges atmosphériques, accords dissonants savamment placés. La basse d'A.S.A. donne une assise solide. La batterie d'Alex Josien, précise et inventive structure les morceaux, souligne les transitions, crée des respirations. Quant à James Spar, il livre une performance vocale habitée, où la rage n'écrase jamais l'articulation, ce qui permet aux textes—centrés sur la sorcellerie moderne, la marginalité et la dérive autoritaire du monde contemporain de conserver leur poids.

En filigrane, "Häxen" raconte l'histoire de ces "sorciers modernes" que la société préfère brûler symboliquement plutôt que d'écouter. Les morceaux décrivent un univers où la surveillance, la conformité et la peur de l'autre transforment les dissidents en parias. Mais loin de se complaire dans la résignation, ALKHEMIA propose une forme de résistance : la musique elle‑même devient un acte de refus, une liturgie pour ceux qui choisissent de rester en marge.

Au final, "Häxen" s'impose comme un second album d'une maturité rare. Plus riche, plus nuancé et plus profond que "Abraxas", il confirme ALKHEMIA comme l'un des groupes les plus intéressants de la scène Black Metal actuelle. Entre une production pensée dans les moindres détails, une écriture exigeante et une identité thématique forte, le disque coche toutes les cases de ce que l'on attend d'un grand album de metal extrême en 2026 : violent, certes, mais surtout habité, réfléchi, et capable de hanter longtemps après la dernière note de "Remnants".
Chronique par Iron Axe
Avril 2026

01 - Zeitgeist (5:04)
02 - Excressence (7:14)
03 - Hissing ratz (5:39)
04 - Prekonition (7:20)
05 - Stars and frozen faces (4:53)
06 - Nonsense (6:22)
07 - Remnants (6:33)

Paroles : Indisponibles. Ajoutez les paroles ICI Cliquez pour ajouter les paroles

Musiciens : James Spar (Chant), "Le Prince" (Guitares), Thomas Fontaine (Guitares), A.S.A (Basse), Alex Josien (Batterie)

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