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Le foyer peut paraître un havre de paix jusqu'à ce que les portes se referment. En tout cas, parfois pour donner une bonne image, les repas de fête sont des moments privilégiés... La maîtresse de maison s'efforce d'améliorer au fur et à mesure les mets, proposant entre autres, des crustacés décortiqués, pour que monsieur ne salisse pas sa belle chemise fraîchement repassée.
Un peu comme BERLIAL à la famille Black Metal, qui propose "Des crevettes sans tête" le 20 Novembre 2026, presque deux ans après leur deuxième album "Nourishing the disaster to come", encensé par toute la presse... Alors autant dire que ce nouvel opus est attendu.
BERLIAL est ce groupe de Haguenau en Alsace, enfanté pendant la pandémie du Covid, créé par Czh, rapidement rejoint par son ami d'enfance Hsod. BERLIAL est la contraction du nom du démon Belial et celui de Beria, le bras droit de Staline, chargé de la sécurité inrérieure de l'URSS. Après un premier album, "Enfants de putains", les Alsaciens voient leur visibilité explosée avec l'album précité.
Avec "Des crevettes sans tête", BERLIAL remet le couvert en traitant comme à son habitude de faits sociétaux et évoque ici les relations disfonctionnelles, entre autres, entre l'homme et la femme, le patriarcat et le féminicide à travers un Black Metal infesté de sons électroniques, d'apports de voix, soufflant ainsi un air nouveau dans le style. Si ce titre pourrait vous faire évoquer naïvement un élément de gastronomie, les bestioles sont la métaphore des membres d'une communauté errant tous dans une direction sans réel but.
Pour se faire, le clan BERLIAL s'est agrandi en accueillant désormais L'Aveugle, batteur évoluant également dans Ecr.Linf, jouant bandeau sur les yeux (à l'aveugle).
Afin de rendre l'album encore plus explosif, le trio d'Haguenau s'est fait assister de Krys Denhez, chanteur d'Ecr.Linf, pour le premier titre, de Fifi Croissant, artiste évoluant dans le domaine du Music-Hall londonien, et de Sophie Duzert pour d'autres morceaux.
Avec cette pochette présentant un foyer propret mais terne, marqué par le rouge de la violence, avec ce mari se retournant vers la porte de sortie, Jeff Grimal, travaille à nouveau avec BERLIAL, nous surprenant avec ce style qui le fait quitter sa zone de confort, tranchant nettement avec la plupart de ses oeuvres.
"Des crevettes sans tête", qui est décliné en version CD Digipack et version vinyle splatter rouge et noir, est enregistré, mixé et masterisé par Edgar Chevalier au Lower Tones Place Studio (Nature Morte, Demande A La Poussière,...), avec une distribution de My Kingdom Music.
Des sonorités Electro envahissent les enceintes pour "Qu'elle est belle !", avant de laisser la place à l'électrique, le chant de CzH retentit, avec des cris d'effroi. Le rythme est rapide avant de se poser pour un texte parlé sur l'opposition entre la futilité de la vie, entre famille et travail pour repartir de plus bel avec des changements de tempo.
Des notes lointaines et crépitantes apparaissent et "Carte du tendre" se lance avec des riffs, du blast et de la double pédale. CzH propulse sa voix profonde, la guitare se fait plus mélodique, avant de calmer le jeu et de repartir sur une rythmique de batterie. C'est pour mieux reprendre son souffle. La suite est apocalyptique entre notes saccadées et chant crié, finissant par une réflexion dégueulasse. Ce qui annonce "Mariage pour tous"...
... sous un son électrique, un amalgame d'annonces journalistiques concernant des féminicides précédant les vibrations des cordes et le hurlement chantant du vocaliste. Puis, sous l'apparence d'une réclame vantant les bonnes conduites de la parfaite épouse des années '50, nous est décrit le quotidien d'un foyer marqué par la dominance masculine, écoeurante et honteuse... nous dirigeant vers un dialogue entre victime et thérapeute. Le chant peut reprendre avec une lenteur catastrophée pour une reprise encore plus intense, assistée de choristes angéliques, d'une série de riffs et de ce rire satisfait et sadique pour un final guitaristique.
Quelques percussions et la guitare se fait lancinante et malsaine. Une courte respiration et "Souffrance. Désespoir. Haine" est répété de façon mécanique, avant que le chant profond ne reprenne le dessus sur de terribles textes, s'emballant à faire dérailler la voix. L'Aveugle rythme de ses sticks avant qu'un texte parlé n'apparaisse. Le titre est de nouveau scandé, avec ce rire démoniaque annonçant le dernier refrain.
Après cette intensité, la guitare douce mais flippante est nécessaire. Cependant, cela ne dure pas longtemps, le rythme lent du début annonce le déluge de "Amour. Identité. Altérité.". Les cordes sont tourbillonnantes, la batterie palpite, le chant est poussif, entre orchestration et discours clivant homme/femme parachevant le morceau.
L'ambiance de l'introduction est presque pompeuse, ne durant que quelques secondes. La guitare et les fûts assistent le chanteur entamant "Oh toi qui meures, ici jûte ton destin" par "ça sent la mort" de façon parlée, avant que tout ne s'accélère et entre dans la folie. Le chant oscille entre l'aigu d'un damné à celui d'un prédicateur. CzH reprend sa tessiture grave et criée. Quelques lignes de clavier et le chant démoniaque reprend. Nous vous laissons découvrir les paroles...
"160.000" commence par un air de synthé atmosphérique et éthéré, avant que le déluge ne revienne dans nos oreilles. La voix est presque cassée tant le chant est poussif. Le titre absolument énorme alterne entre chant clair, riffs, roulements de batterie, clavier et cris. Si un titre devait définir la musique de BERLIAL, ce serait "160.000" !
L'album se termine par "Verdict : repentance avec sursis", un titre totalement instrumental purement Électro. Cette Outro de presque quatre minutes peut paraître longue, mais a pour but de faire prendre conscience que les victimes de féminicides ne sont que rarement assistées par la justice... La musique n'étant que prétexte.
Ainsi s'achève le repas, dévoré en quasiment cinquante minutes. "Des crevettes sans tête", est sans conteste le digne successeur de "Nourishing the disaster to come", poussant le côté Indus et avant-gardiste à l'extrême.
BERLIAL nous offre un album terrible dans tous les sens du terme, déjà étonnant et détonnant, performant et perforant.
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