ENTERRÉ VIVANT – Kurogoku (2026)



CHRONIQUES


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ENTERRÉ VIVANT

"Kurogoku"

2026

(Transcendance)

Discographie

Shiki (四季) (2021)
Les ténèbres ne sont pas formées d'ombre (2021)
Shigenso (四元素) (2023)
Akuzaï (悪罪) (2025)
Kurogoku (2026)

"La discrétion, est la première des vertus : on lui doit bien des instants de bonheur". On doit cette citation au graveur et directeur des musées français de 1802 à 1815, Dominique Vivant-Denon.

... Vivant, comme ENTERRÉ VIVANT, dont les deux protagonistes ont pour qualité cette discrétion. Et pourtant, il y a d'une part, Erroîak, chanteur et artiste multi-instrumentiste de talent, évoluant également dans ses deux one-man-bands, ainsi que dans onze groupes dont Tour d'Ivoire, Hrad, Au Loin et Aeterna Tenebrae.

De l'autre, le créateur du concept, le chanteur et l'auteur, Sakrifiss de Transylvanie , youtubeur aux plus de dix-mille abonnés, à l'humour subtil et à la culture infinie, qui vit son rêve de gosse en s'installant au Japon. Non pas dans le tumulte tokyoïte, mais sur une petite île.

Malgré cette célébrité, il préfère toujours cette discrétion en se masquant le visage par une cagoule improvisée dans une jambe de jeans, sa désormais marque de fabrique.

De discrétion, il en est toujours question quant au groupe à proprement parler. ENTERRÉ VIVANT sort "Kurogoku", son quatrième album et sixième réalisation, le 2 Octobre 2026.

"Kurogoku" est édité en version double vinyle et CD via le trop discret label Transcendance, qui abrite Brouillard, Drache, Vertige et Sphère (encore de la discrétion).

Si les mélodies d'Erroïak et son chant un peu moins sombre adoucissent les hurlements de Sakrifiss depuis 2019, les deux comparses se font assister cette fois-ci, d'Uguisu, "une entité mystère, une véritable femme qui désire dans l'anonymat".

Les chants ont été enregistrés par le chanteur masqué au Japon, la musique par Erroïak dans les Yvelines, tandis que le mixage et le mastering ont été réalisés par Monsieur Déjà, dans ses studios belges.

Comme pour chaque réalisation, le Japon est naturellement l'élément central, en commençant par ces deux pochettes (une pour chaque version) qui sont deux photographies colorisées à la main, datant de l'époque Meiji. Cette période correspond au règne de l'empereur Mitsuhito (1868-1912), qui sortit le Japon de la féodalité pour en faire un état novateur et industriel, prenant exemple sur la société occidentale. Si l'Empire du Soleil Levant est aujourd'hui à la pointe des technologies, c'est à Mitsuhito qu'on le doit.

L'archipel nippon, sa culture et surtout ses croyances sont au coeur de "Kurogoku" qui signifie "L'Enfer noir". Dans la religion bouddhiste japonaise, la notion de vie après la mort, l'enfer, le paradis n'existent pas.

Oh, bien sûr, il y a les démons, des shikis, évoqués dans le premier album du groupe en 2021, mais il y a les six royaumes de la réincarnation qui sont représentés par les six titres de "Kurogoku", à commencer par le royaume des fantômes affamés, le "Gakidô", dans lequel faim, soif et manque en tout est l'éternité.

Deux accords comme si on venait de finir un cycle, et un tourbillon de sons et de chants infestés d'avidité se mettent en place. Entre la voix tiraillée, riffs et blasts rapides, les quelques touches de claviers peuvent paraître salutaires entre changements de rythme.

"Ningendô" est notre monde, le royaume de l'Homme. Après une introduction calme qui semble inclure une prière incessante, l'intensité musicale monte crescendo avant de littéralement exploser grâce au chant meurtri et lent, déclamant d'éternels regrets. Le refrain est un joli combiné de Black Metal nordique aux influences japonaises. La fin reprend la lamentation précative.

"Tendô", après une "bonne vie" aux royaume des Dieux, celui qui paraissait idyllique mais qui s'écroule à cause de la fierté et de l'attrait aux plaisirs, le narrateur fait un constat en français de plus de trois minutes sur ses actions passées avant de chuter et sombrer dans un Black Metal atmosphérique, reprenant la mélodie douce de la première partie, sublimée par le chant spectral et féminin d'Uguisu. Sakrifiss reprend finalement les tirades, transformant le constat en un échec définitif.

La chute fait retomber l'âme dans le royaume animal ("Chikushôdô") construit d'instinct et de peurs, après quelques notes de claviers très eighties qui seront reprises dans le rythme rapide martelé par la batterie, animée par l'instinct de survie.

Si ce monde paraît cruel, il l'est bien moins que celui des damnés. Une ambiance sabbatique annonce "Jidokudô", le royaume des Enfers : des milliards d'années de souffrance créée par la violence, la haine et la cruauté. Cette puissance malfaisante se fait sentir par l'alternance des voix d'Erroïak, de Sakrifiss et d'Uguisu, avec un rythme fort et martelé. A travers les notes, on sent sur notre corps la morsure du froid, les flammes nous léchant la peau, la lame du couteau nous pénétrant les chairs. La chute est terrible et la fin absolument monstrueuse.

Tout comme le "Shuradô", le royaume des Ashuras, êtres démoniaques du bouddhisme japonais, bouffés par la colère, la jalousie et la rivalité. La douceur des sonorités japonisantes, la lenteur du rythme, le clavier virevoltant qui tranche avec la déclamation déchirante d'un Sakrifiss à la voix émouvante. "Shuradô" est le plus court des titres de l'album, mais aussi l'un des plus prenants et idéal pour conclure "Kurogoku".

Les instants de bonheur promis par Vivant-Denon sont concrétisés par l'Enfer Noir de nos vies. Six royaumes, tout aussi terribles que les autres, six titres, tous aussi merveilleux les uns que les autres, avec une empreinte particulière stylisant les mondes.

Avec tout le talent et le cœur des trois artistes, ENTERRÉ VIVANT nous délivre ici l'un des plus beaux moments noirs de 2026, qui, espérons le, ne restera pas trop discret.
Chronique par Blut Sauger
Septembre 2026

01 - Gakidô (8:06)
02 - Ningendô (7:51)
03 - Tendô (8:00)
04 - Chikushôdô (9:43)
05 - Jigokudô (9:57)
06 - Shuradô (5:27)


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Musiciens : Erroiak, Sakrifiss
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