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EXIL
"Karga"
2026 (Source Atone Records)

Discographie
Yad (2020)
Split (2021)
Demo (2023)
Karga (2026) |
Dans la culture occidentale, le corbeau est comme animal nuisible, synonyme de mauvaise augure, chassé au point qu'il est encore courant de se faire rétribuer quand on en ramène les pattes. Cependant, ce magnifique corvidé, qu'il soit freux, choucas ou crave, est protégé et bagué au Père Lachaise.
Dans d'autres cultures, il est le symbole d'intelligence, ayant un rapport avec la mort mais aussi avec la vie, comme dans les plaines du Kazakhstan où on le nomme KARGA.
"Karga" est précisément le titre du deuxième album d'EXIL, formation lilloise, initiée par le chanteur Arsen Raziyev, jeune Kazakh exilé. Après avoir monté ce projet en 2019, il compose une première démo puis un album, "Yad", poison en russe, s'entourant de Hugo Nogard à la basse et de Quentin Florin à la guitare, puis le groupe participe à un split en compagnie de Vautours et de Traquenard.
L'arrivée d'Alan Dujardin à la batterie chamboule de façon positive le mode de composition d'EXIL. Alan et Arsen écrivent ensemble tout en confiant également les lignes de cordes aux deux autres comparses. Ainsi, ce deuxième opus se voit être différent, avec une montée en puissance du groupe, ce qu'il lui a permis de signer chez le label Source Atone Records, qui produit déjà Sàlo, Woest, Usquam et Korsakov.
L'auditeur pourra découvrir cette magnifique peinture pleine de relief de gouache de la pochette et ce corbeau regardant vers l'Est et le Kazakhstan, symbolisant l'essence d'EXIL. L'œuvre est signée Sözo Tozö, alias Sophie Turbé, qui a déjà travaillé pour Déhà, Mor, Lunar Tombsfield...
Comme pour le précédent album, EXIL nous propose ici huit titres aux paroles mélant français, russe et anglais, et aux sons Black Metal teinté de Punk et d'influences plus traditionnelles.
Mais on commence tout en douceur avec "Abîme". Le corvidé nous accueille sous un déluge de pluie avant de laisser place à la ligne de batterie d'Alan, rapidement suivie des instruments à cordes. Le titre n'est que voyage. Tel Nils Holgersson qui survole la Suède sur des oies sauvages, l'auditeur surplombe les steppes kazakhs, à califourchon sur son corbeau.
Le titre éponyme de l'album, nous fait entrer dans le Metal lourd d'EXIL. "Karga" commence par une ritournelle de guitare de Quentin et une ligne de toms qui le définiront pendant plus de quatre minutes. la voix d'Arsen se montre forte de toute sa rage et sa nostalgie.
Et de nostalgie, il en est d'autant plus question avec le titre "Rodina", qui signifie "famille" dans la langue maternelle du frontman. A l'origine, ce titre devait s'appeler "Guinguette", en raison de la légèreté de l'intro similaire à l'outro, laissant la place à l'explosion de riffs. Le chant d'Arsen se fait plus profond encore. Le rythme ralentit à mi-composition, le russe laisse la place au français pour un texte terrible et parlé. Les fûts et les cordes reprennent un rythme frénétique, accompagnés par la voix acérée. "Rodina" est un morceau qui fait vibrer l'oscillomètre sensationnel.
Alors que "Tchujoï" renferme une rythmique très Punk et un chant Black. Mais il est aussi marqué par une batterie très prononcée. Cependant, le tempo décélère pour une magnifique partie instrumentale. Arsen reprend le chant cherché dans les plus profondes alvéoles pulmonaires, pour une ambiance plus lourde appuyée par une guitare acérée.
On se remet de ce titre grâce à la douceur et à l'apaisement du court morceau "Délivrance", composé uniquement de guitare et d'arrangements.
Mais EXIL reprend toutes ses forces dans l'item "Avec ou sans vous". Si l'intro peut paraître doucereuse, elle révèle une ambiance chargée. Le désespoir du texte se fait sentir par le chant exacerbé.
L'avant-dernier titre, "Poussière" est emblématique de la musique d'EXIL avec son groove efficace, son flot de proses presque ininterrompu et les guitares et basse virevoltantes, laissant place à une partie éthérée aux textes russes parlés, ainsi qu'une reprise finale en toute indélicatesse.
L'album se ferme sur une pépite. Il y a quelques années, le premier groupe d'Arsen ouvrait pour un combo de Stoner/Doom, "Year of The Cobra", composé du couple Amy et Johannes Barrysmith. De cette soirée est née une véritable amitié. Ainsi, quand notre chanteur a proposé une collaboration à Amy, désormais membre du groupe phénomène belge Amenra, elle a immédiatement accepté. Ainsi, EXIL nous propose "L'exil", caractérisé par une voix cristalline, presque angélique et cette ambiance aérienne, légère et apaisante.
"L'exil" est à l'image de "Karga". En fait, tout l'album est une pépite. EXIL nous délivre un merveilleux périple fait de nostalgie, de rage mais aussi de douceur et de surprises.
Dans le monde du Metal, les Lillois sont vraiment à part, jouant avec leurs tripes, leur fougue et l'envie. Alors, si on devait les résumer, nous citerons Jules Renard : "Comme la neige serait monotone, si Dieu n'avait pas créé les corbeaux".
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Chronique par
Blut Sauger
Janvier 2026 |
01 - Abîme
02 - Karga
03 - Rodina
04 - Tchujoï
05 - Délivrance
06 - Avec ou sans vous
07 - Poussière
08 - L'exil |
Paroles : Indisponibles. Ajoutez les paroles
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