GALIBOT – Catabase (2026)


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GALIBOT

"Catabase"

2026

(Les Acteurs De L'Ombre)

Discographie

Grind the Coal - 4-Way Split (2021)
Wallers-Arenberg (2022)
Euch'mau noir (2024)
Euch'mau noir Bis (2026)
Catabase (2026)

Non, "Catabase" n'est pas un terme technique fossier. Dans la mythologie grecque, la catabase est l'épreuve ultime d'initiation du héros qui consistait à descendre aux Enfers. Ici, l'Enfer est la mine, et les héros s'appellent GALIBOT.

Originaires de Wallers-Arenberg, ville minière de l'arrondissement de Valenciennes dans le Nord, nos héros vivent désormais un conte de fée. Après une première démo du nom de leur commune en 2022, le trio sort un premier album "Euch'mau noir" en 2024 de façon indépendante. Repéré par le label nantais "
Les Acteurs De L'Ombre", que l'on ne présente plus (avec des productions telles que RuYYn, Versatile, Jours Pâles et Houle) le groupe réédite leur album sous le nom de "Euch'mau noir Bis" le 20 Février 2026 et sortent donc "Catabase" le 8 Mai 2026.

Désormais, Agathe "Diffamie" Boulanger (qui continue d'évoluer dans Sinistre Rose, groupe de Dark Wave, aux côtés d'Axel Meuriche, rédacteur en chef de Heretik Magazine), Clément Joly et Thomas Deffrasnes sont accompagnés de Julian Baquero (ex-Virgil, groupe dissous), patron des Minotaur Studios où les onze pistes l'album ont été enregistrées.. Robin Grabmann s'est occupé de la batterie, mais l'emploi du temps bien chargé n'était plus en adéquation avec le sien.

Le mixage et la masterisation ont été confiés à un mare en la matière, Monsieur Francis Caste, dans ses studios Sainte-marthe de Belleville qui ont déjà accueilli Loudblast, Necrowretch, Seth... rendant la gaillette en un galet bien lisse. L'artwork représentant un aiguillage de rails de berlines est l'oeuvre de Came Roy de Rat, ayant oeuvré par le passé pour Pensées Nocturnes, Arkhon Infaustus, Moonreich et les groupes dans lesquels il évolue, Void et Incipient Chaos. Quant aux photos, c'est Julian, le guitariste qui s'en est chargé. Catabase sera distribué sous forme de CD Digipack, vinyle transparent vert et splatter turquoise et noir.

Comme pour "Euch mau noir", GALIBOT s'est donné la mission de gardien des souvenirs du mineur à travers un Black Metal aux textes chargés d'histoire, la grande et la petite, et d'émotions, avec cette fois-ci, de petites références à la mythologie, faisant des gueules noires de véritables héros des temps modernes.

L'album se lit en deux phases : la première (la face A pour la version vinyle) est la description du monde souterrain, quant à la face B, la seconde partie évoque le monde à l'air libre, mais toujours aussi noir et crasseux.

L'album commence par le titre éponyme. L'introduction industrielle, chargé de bruits de pas, de machines, jette ses premiers riffs et de blasts. "Catabase" met l'auditeur en situation, vêtu d'un bleu de travail sale, casque sur la tête, pioche et lampe à la main. Les grilles de l'ascenseur se referment sur "Jeanlin".

Dans "Germinal", Jeanlin est le troisième enfant des Maheu. Elevé dans la misère des corons, le jeune GALIBOT est blessé lors d'un éboulement. Désormais boîteux, devenu délinquant, il vivra en ermite dans une mine désaffectée oùil récoltera le fruit de ses larcins. La batterie entame ce titre avant un jeu rapide des guitares. Le chant de Diffamie est scandé et acéré. Les cordes répétent une ritournelle avant le refrain. Le chant devient féminin pendant un temps plus posé avant de repartir de plus belle.

"Bleu noir rouge" évoque à travers des lieux mythologiques, comme la Porte d'Orcus (l'entrée des Enfers) et du site minier du 9-9 bis de Oignies, qui a vu la dernière berline de charbon sortir, le peuple du Nord, vivant régulièrement sous terre. Son drapeau sera toujours souillé et le blanc devient noir. Le titre est un vrombissement de guitares et un martelage de fûts. Le rythme se fait plus mid-tempo pour le dernier couplet.

"Voreux" est un adjectif désignant un personnage vorace. Lantier appelait la gueule de la mine "Le Voreux". GALIBOT compare donc l'exploitation à un monstre avalant hommes, enfants et chevaux de fosse. Ce morceau se montre un tantinet différent des deux premiers, avec un rythme plus lent, des changements réguliers, organisés autour de la double-pédale.

"Baptise-Terre" est une composition instrumentale à l'atmosphère presque religieuse. Un moment de pause, comme ce silence avant que le "Pénitent" entre dans le goulet.

Ce mineur avait un rôle bien particulier. Vêtu d'une combinaison d'amiante imbibée d'eau, dont la ressemblance à la tenue monastique lui a valu ce surnom, ouvrait le passage. De son flambeau, il avait charge d'enflammer les poches de grisou, un gaz souterrain fortement inflammable, responsable de centaines voire de milliers de morts... D'où l'expression "
un coup de grisou". Le titre démarre immédiatement et alterne entre déclamation de Diffamie, voix claire, envolées de guitares et riffs. La composition n'est qu'un couplet, rendant hommage à ces mineurs d'élite. Le titre est caractérisé par de nombreux changements de rythmes, marquant le côté dramatique, la peur et le courage.

Dernier titre de la première partie, "Les montagnes poussent sous terre" met en avant ces hommes, victimes d'éboulements ou autre accidents. La mort règne en mare dans les corons. Quelques lignes de guitares, un cri et un chant tiraillé entame le morceau, plus lent, lourd, rendant justement ce côté dramatique de la condition humaine des mines. "Les montagnes poussent sous terre" prend aux tripes. A mi-temps, ce titre prend de la vitesse, les guitares prennent le relais, avant que Diffamie, d'une voix presque électrique ne reprenne l'ascendant.

L'ascenseur remonte à la surface pour la deuxième partie.

Après avoir pris leur douche dans la salle des pendus, les mineurs passaient prendre du bon temps à l'Estaminet, un bistrot typique du Nord. Tous les travailleurs s'y retrouvaient pour des moments de convivialité mais aussi pour l'organisation de luttes. "Estaminet Part I" se veut virevoltant comme les conversations animées. La rage se fait sentir par les confrontations des voix de la chanteuse et de Thomas. L'insurrection se fait sur le zinc.

Voici un autre hommage avec "Terril". Ces montagnes de déchets carbonifères tassés peuvent exploser. Ainsi celui de Calonne-Ricouart, près de Béthune, a causé la mort de cinq personnes, et en a blessé quatre autres le 26 Août 1975. Tout ce qui sort de la mine est tueur. Avec des strophes courtes créant cet effet de scansion, l'item part très vite avant de ralentir et de reprendre son rythme avant l'explosion et le cri de terreur de Diffamie. "Terril" est un titre reproduisant à merveille la catastrophe.

GALIBOT fait également honneur aux traditions religieuses de son fief avec "Saint-Cordon". En 1008, Valenciennes est frappée par la peste. La Vierge apparaît à l'ermite Berthoin et demande aux habitants de se regrouper sur les remparts. Le 7 Septembre, la foule a la vision d'une reine accompagnée d'anges laissant tomber un cordon rouge protecteur autour de la ville. Depuis cette date, une procession a lieu tous les ans, faisant le tour de Saint-Cordon, à laquelle participaient les mineurs et leurs familles. L'événement est relaté ici par un titre, somme toute, assez classique de GALIBOT. Il est à préciser, toutefois, le bel effort de traiter une bondieuserie dans un registre Black Metal.

Enfin, les auteurs se penchent à nouveau sur un aspect mythologique... La mythologie égyptienne cette fois : la barque "Mesektet" embarque le dieu-soleil Râ, lutter contre les forces obscures pendant les douze heures de la nuit. Cette métaphore se fait à travers les yeux de la femme du mineur partant au travail dans la noirceur des galeries, ayant la crainte de ne pas le voir remonter. Ce morceau est bien différent par sa rythmique, la douceur des cordes et les chœurs. C'est une bien jolie fin pour "Catabase".

Encore une fois, GALIBOT a fait un véritable travail de recherche, avec des textes fournis et essentiels. Il est dommageable, parfois, que le chant crié voire criard, ne les rende pas toujours compréhensibles. Pendant quarante minutes, le quintet délivre un Black Metal plus timoré que pour "Euch' mau noir". De plus, on sent la patte des LADLO dans la structure : une intro, du gros son, un titre instrumental, et re du gros son, un classique du label qui ne surprend plus.

Enfin, la vie des mines reste une mini-niche et, à un moment donné, l'inspiration historique ou de Germinal viendront à manquer. Cependant, la musique se fait plus qu'agréable et variée. On sent une réelle évolution, et dans l'écriture, et dans la composition, rendant "Catabase" un bien bel objet. Alors ne gâchons pas notre plaisir. Zola disait "
Vis comme tu devais mourir demain, apprends comme si tu devais vivre toujours". Alors profitons !
Chronique par Blut Sauger
Mai 2026

01 - Catabase (2:18)
02 - Jeanlin (4:13)
03 - Bleu noir rouge (3:55)
04 - Voreux (4:47)
05 - Baptise terre (2:38)
06 - Penitent (3:24)
07 - Les montagnes poussent sous terre (5:40)
08 - Estaminet Pt - 1 (2:28)
09 - Terril (3:45)
10 - Saint cordon (4:00)
11 - Mesektet (4:34)

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Musiciens : Agathe "Diffamie" Boulanger (Chant), Thomas Deffrasnes (Chant/Guitare), Julian Baquero (Guitare), Clément Joly (Basse), Robin Grabmann (Batterie)

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