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CHRONIQUES |
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KORSAKOV
"Anosognosia"
2025 (Source Atone Records)

Discographie
погружать (2021)
Anosognosia (2025) |
L'ivresse peut être douce le soir entre amis, violente mais aussi salvatrice quand elle tente de nous aider à franchir des obstacles qui nous paraissent insurmontables, mais selon Arthur Rimbaud, l'ivresse est le dérèglement de tous les sens. Selon un proverbe chinois, une ivresse efface mille tristesses. Cependant, quand elle efface la mémoire à court terme, dite antérograde, associée à la confusion, cela est appelé "la démence de Korsakoff" du nom du neuropsychiatre russe du XIXᵉ siècle.
KORSAKOV, c'est ainsi que le duo lillois assez secret constitué d'A et E ont nommé leur union... Et elle est sacrée, puisque les artistes se décrivent comme "deux frères mais pas issus de la même mère".
Après la "Découverte" du premier album au nom cyrillique, KORSAKOV revient le 11 Mai 2025 avec "Anosognosia", un autre traumatisme : l'anosognosie étant un trouble neuropsychologique qui fait qu'un patient n'a pas conscience de son état.
Cet opus est la continuité du premier sans être une suite : A et E continuent leur collaboration avec le label de Conflans-Sainte-Honorine, "Source Atone Records", qui a déjà de bien belles signatures dans son catalogue : Maudits, Écr.LiNF, Nature Morte, Salo, Usquam et Alta Rossa. De plus, après les titres du premier album, nommés sobrement de "I" à "VI", "Anosognosia" comporte sept morceaux intitulés de "VII" à "XIII".
La recherche artistique est aboutie grâce à cette pochette immaculée d'une céramique de la série "Par le feu" de Jeanne Smith, qui a gentiment autorisé l'utilisation de l'image. Jeanne Smith est une grande artiste plasticienne lilloise ayant reçu le Diplôme National des Beaux-Arts, ainsi que celui des Beaux-Arts Plastiques. Avec ses céramiques et ses sérigraphies où l'encre est remplacée par la poudre de charbon, entre autres, pour la série "Rémanences", Jeanne Smith, co‑fondatrice du collectif "L'Ardente" est une artiste reconnue de Roubaix à Barcelone.
Quant à la photographie superposée d'A et E, on la doit à Pierre Martial, artiste aimant le noir et blanc et spécialiste des corps tatoués.
Le Black Metal de KORSAKOV est maladif, angoissant et stressant, les instruments maltraités d'A sont associés au chant ou plutôt aux cris d'E, les deux protagonistes se chargeant des arrangements.
"VII" entame l'album par une entrée en matière de sons électro et de rythmique de batterie lancinante, créant un malaise. Le patient est à genoux, se prend la tête, se griffe le visage, ne comprenant pas ce qui lui arrive. Et ce, malgré la ritournelle aiguë de fond et à cause des hurlements, on a la tête lourde.
Avec un même mi‑tempo, les accords répétitifs de "VIII" font tourner l'univers autour de nous. On commence à perdre pied pour nous laisser choir mollement par une musique calme en milieu de morceau... Pour repartir de plus belle... Nous essayons de nous relever, perdant l'équilibre, on se rattrape au mur, la vue se trouble.
Que s'est‑il passé ? Nous nous retrouvons allongés pendant "IX", immobiles. Impossible de se mouvoir, les yeux rivés au plafond, les bras en croix. Les cris d'E essaient de nous faire réagir. La batterie s'accélère telle une tachycardie. La tête retombe lourdement sur le sol lors du final.
La lourdeur de l'esprit se fait sentir pour "X", un morceau assez court. L'accord de guitare, le court blast en arrière‑plan nous plongent dans un coton épais.
"XI" tente de nous faire réagir. On s'agite, on se débat, on lutte contre notre condition, par le rythme rapide et le blast efficace. On se jette contre les murs, on se dégoûte, on a peur, on perd pied, la vision se trouble. Les oreilles bourdonnent pendant ce titre des plus malsains. Les craquements rendent le morceau éloigné, tel un vieux phonographe passant un disque usé dans la pièce d'à côté.
Une très courte ligne de basse et "XII" nous transporte dans un coma profond. On tombe dans le puits, la lumière s'éloigne, les ténèbres nous aspirent, tandis que "XIII", un morceau entêtant, vient parachever l'œuvre de 42 minutes.
Sur fond de Shoegaze, Blast beats et d'Ambient, KORSAKOV délivre un Black Metal qui nous rend malade jusque la nausée. "Anosognosia" est une œuvre noire, douce et violente, négative et admirable. L'auditeur reste prostré longtemps après écoute, le laissant penser qu'il n'est pas encore atteint de ce mal.
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Chronique par
Blut Sauger
Mai 2025 |
01 - VII (4:44)
02 - VIII (7:33)
03 - IX (4:48)
04 - X (2:10)
05 - XI (7:13)
06 - XII (8:00)
07 - XIII (7:46) |
Paroles : Indisponibles. Ajoutez les paroles
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Musiciens
: E. (Chant et arrangements), A. (Instruments et arrangements) |
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