OCEAN – Océan (1980)


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Pochette OCEAN
"God's clown"
1976
(Crypto)

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Discographie

God's clown (LP 1976)
Ocean (LP 1980)
Qu'est-ce que tu dis ? (SP 1980)
A Live + B (LP 1980)
Ocean (LP 1981)
Louise (SP 1981)
Attention contrôle (SP 1981)
16 grands succès (LP 1981)
Spécial polar (SP 1983)
Juste au bout du désert (SP/EP 1986)
Story, live & more (Coffret 2010)
C'est la fin (CD 2016)

Si Océan a connu son heure de gloire au début des années 80 (avec des concerts en 1ère partie de pointures telles que AC/DC ou Iron Maiden), sa carrière discographique a débuté quelques années auparavant avec ce "God's clown" paru en octobre 1977.

Et le moins que l'on puisse dire, c'est que l'écart stylistique entre ce premier opus et les suivants est abyssal !

En effet, au milieu des années 70 le groupe pratique un Rock Hard progressif à tendance psychédélique chanté en anglais, à mille lieues du Hard Rock basique chanté en français qui prévaudra à l'aube des 80's.

Ce premier album est en fait une seule et longue composition découpée en plusieurs morceaux enchaînés entre eux sans blanc entre les pistes.

Avons nous affaire à un concept album ? Difficile à dire ! Dans le livret, les paroles des titres ne sont pas disponibles, mais pour chacun d'entre eux une petite prose est rédigée et il faut avouer que cela contribue plus à nous désorienter qu'à nous aider.

"Sunny day" ouvre l'album avec une première minute très planante, venteuse, voluptueuse, où quelques notes de piano accompagnent la voix de Robert Belmonte, tandis que Noël Alberola s'en donne à cœur joie avec sa basse. Mais bien vite la guitare de Georges Bodossian entre en piste sur des accords dissonants et saturés juste ce qu'il faut, tout cela avec une intention quasi Funky. Les musiciens s'en donnent alors à cœur joie et exposent leur technicité dans un long moment instrumental qui magnifie la formule en power trio. En effet, pas besoin d'une seconde guitare quand vous avez une telle section rythmique en action. C'est du velours pour le six cordiste qui n'a plus qu'à se lâcher, remarquablement aidé par sa pédale wah wah qui fera des merveilles tout au long du disque. Ce titre, c'est les montagnes russes pendant près de 8 minutes pour le plus grand plaisir de l'auditeur.

"Strange rain" prend le relais sans temps mort avec une intro totalement hallucinée (mais qu'avaient-ils pris ?) puis la guitare se lance dans un riff très "Zeppelinien" aux relents de "Immigrant song". Georges nous gratifie d'un long monologue instrumental sous influence "Pagesque" et même "Iommiesque" dans les intentions sonores. Quant à Robert, sa voix se fait plus "Plantienne" que jamais, en particulier lorsqu'il l'utilise comme un instrument pour accompagner son compère guitariste.

"Love is blind" est introduite par un roulement de Bernard Leroy qui démontre tout au long de ce titre que lui aussi n'a rien à envier au niveau technique de ses camarades et que plus qu'un batteur, il est un percussionniste hors pair. Le riff de ce titre est excellent et la voix de Robert se fait beaucoup moins aiguë, presque cassée, ce qui lui confère une certaine fragilité quasi jouissive. Georges nous gratifie d'un excellent solo bardé de wah wah avant que sa section rythmique batterie puis basse, ne lance une longue plage instrumentale qui vire à la jam entre les 3 instrumentistes.

C'est "The loneliness of the longue distance" qui démarre sans crier gare et nous sommes carrément transportés sur scène ou en répétition avec les musiciens qui lâchent totalement prise, leurs pérégrinations n'étant que momentanément interrompues par les hurlements du sieur Belmonte sur le motif principal répétitif, qui vient mettre un semblant d'ordre dans ce maelstrom musical. Ce titre est excellent, mêlant toutes les influences progressives (Yes, King Crimson) et Hard Rock (Led Zep, Black Sabbath) du combo, avec musicalement une savoureuse alternance power trio / quatuor (selon qu'une guitare rythmique entre en jeu ou pas), sans compter la finesse des arrangements, particulièrement au niveau des percussions.

"From death to life" alterne la douceur (guitare clean et voix angélique) et la rage (riff appuyé et chant hargneux) dès son intro et ce constat va se poursuivre tout au long du morceau. Ce dernier s'avère globalement plutôt mid-tempo, avec des guitares en son clair très présentes, customisées à la wah wah pour un rendu aux sonorités très psyché-prog.

C'est un gimmick lancinant et répétitif (à la King Crimson) agrémenté d'une scie musicale qui introduit "Fields of pain", pour un rendu très psychédélique. Le caractère envoûtant de cette entrée en matière étant renforcée par la voix cajoleuse de Robert. Mais ce long morceau vous fera passer par bien des états avec ses divers et multiples enchaînements de plans. Georges se fait le maître des accords distendus et utilise les dissonances à merveille, tandis que Robert nous fait profiter de toute sa palette vocale (voix claires, criées, hurlées et même filtrées). Cette composition alterne avec bonheur le calme et la tempête dans le plus pur style progressif en vigueur à l'époque et se révèle l'un des pinacles de l'opus pour les amateurs du genre.

Difficile pour "The juggler" de passer après un tel tourbillon émotionnel, mais rien de tel que de retrouver une bonne base Hard Rock. Le riff principal retrouve ce côté "Zeppelinien" exacerbé par la voix de Robert, avant que la composition ne se pare d'atours Doom à la Black Sabbath. La guitare se fait torturée et se laisse portée par l'exceptionnelle section rythmique que constitue Noël et Bernard,n pour se lancer dans une longue jam solo dans le plus pur style power trio.

L'album s'achève, ou devrais-je plutôt dire boucle la boucle, sur "With the sound I can escape" qui reprend le riff de "Sunny day". Malgré quelques parties en son clair, ce morceau termine le voyage sur une note très Rock, voire Hard Rock, qui rappelle clairement Led Zep avant de finir sur une note totalement hallucinée avec des pleurs enfantins en boucle.

Vous l'aurez compris, si vous avez découvert, comme moi, OCEAN avec ses deux albums éponymes au début des années 80, cet opus, réédité en 1998 au format CD, est déroutant à bien des égards.

Le quatuor verse ici dans un (Hard) Rock progressif qui vire parfois vers le psychédélique, et ce premier opus demande une immersion totale ainsi qu'un vrai effort de la part de l'auditeur, pour s'apprécier à sa juste valeur.

Écouter cet album, c'est naviguer dans le triangle des Bermudes, accepter de se laisser déboussoler et de se faire bringuebaler là où le groupe décide de vous emmener.

"God's clown" est un chef d'œuvre des 70's, le travail d'orfèvre de quatre musiciens exceptionnels, qui ne se sont imposés aucune limite dans leur créativité. Cet album d'une richesse incroyable est une expérience à vivre, mais il vous demandera un investissement total pour se révéler pleinement à vos sens.

À vous de voir si vous préférez plonger ou rester sur la terre ferme !
Chronique par Lolo36
Juin 2026

01 - Sunnyday (7:35)
02 - Strange rain (4:55)
03 - Love is blind (2:55)
04 - The lonelyness of the long distance (5:17)
05 - From death to life (4:04)
06 - Fileds of pain (7:30)
07 - The juggler (3:33)
08 - With the sound I can escape (5:00)

Paroles : Indisponibles. Ajoutez les paroles ICI Cliquez pour ajouter les paroles

Musiciens : Robert Belmonte (Chant), Georges Bodossian (Guitare / Synthé), Noël Alberola (Basse), Bernard Leroy (Batterie)


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