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CHRONIQUES
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SHEtAN
"Enantiodromia"
2026
(M&O Music)
Discographie
Enantiodromia (2026)
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Né sur la scène parisienne, SHEtAN s'est imposé comme un drôle d'animal hybride, en quelques titres présentés sur le net.
"Refusant de choisir entre la rugosité du Metal et la vulnérabilité du Grunge, SHEtAN sculpte des paysages sonores où le Grunge le plus organique vient se briser contre la violence du Metal, revendiquant autant l'héritage de Tool et Dead Can Dance que celui de Pantera, Fiona Apple ou Kurt Cobain"... c'est ainsi qu'est présenté SHEtAN...
Mais cela n'est pas aussi évident qu'il n'y paraît. Car si SHEtAN propose une esthétique où la rage cotoie la finesse, un univers qui pose les bases d'un mélange de tension électrique, de mélancolie et de contrastes assumés, cet aspect Grunge est beaucoup moins évident à mon sens, avec un sens Black bien présent, apporté par le chant qui se fait extrême ou clair selon les passages...
Mais revenons un peu sur le déroulé des faits : le premier opus "Enantiodromia" paraît le 04 Mai 2026 chez M&O Music, sous forme de EP 5 titres pour une durée totale d'un peu plus de vingt-deux minutes de musique. Il est habillé d'une pochette pour le moins parlante. Une douceur humaine incarnée par le personnage présenté de dos, dont le reflet du miroir semble renvoyer son opposé.
Cette pochette prend tout son sens lorsque l'on analyse la signification de "Enantiodromia", la philosophie d'Héraclite : "tendance de toute chose à se transformer un jour en son contraire, souvent de manière soudaine ou extrême". Pour faire simple : poussé à son paroxysme, un principe génère automatiquement son opposé pour rétablir l'équilibre.
Et ceci est d'autant plus vrai avec la musique et l'univers proposés par SHEtAN...
C'est "Shut up bitch" qui démarre dans un mélange musical et organique encoûtants. Le groove est de rigueur. Le chant est comme habité. Caverneu. Lugubre. Dark, mais clair, pouvant se faire plus extrême, quasi Black. Les répétitions musicales, le riff... tout est comme envoûtant, avec un son de guitares très connoté seventies.
Les montées en puissance, les cassures de dynamique et l'alternance entre voix écorchées et lignes plus aériennes renvoient une identité musicale toute personnelle. SHEtAN est un ovni musical, qu'on se le dise !
Pour la suite, l'ambiance se fait plus malsaine avec "Look inside", qui joue clairement la carte de la progression : couplets poisseux, basse omniprésente dans le mix, batterie qui se retient pour mieux frapper, et ce chant qui passe du murmure au cri, comme si Amélie fouillait littéralement dans ses propres entrailles. La construction reste sinueuse, avec des respirations quasi atmosphériques, qui rappellent les penchants les plus planants du groupe.
La présence d'Emilie D en invitée sur "Samodiva ajoute une nouvelle dimension. Les deux voix se répondent sur une base rythmique où la basse mène la danse, tandis que la guitare oscille entre nappes brumeuses et attaques plus tranchantes. Dans une atmosphère quasi rituelle, on perçoit aussi une touche plus mélodique sans gommer la noirceur de fond. L'ensemble évoque par instants les climats éthérés de Dead Can Dance, mais lestés par un grain de saturation très terrien.
Le choix de reprendre "Pretty when you cry de Lana Del Rey est tout sauf anodin. Loin de se contenter d'un simple habillage Heavy, SHEtAN décortique la ballade pour en extraire une fragilité nerveuse : introduction plus dépouillée, voix qui caresse avant de se fissurer, puis montée en intensité où la section rythmique reprend le contrôle et tord la mélancolie d'origine en quelque chose de plus menaçant. On pense autant à certaines relectures sombres de Fiona Apple qu'aux confessions les plus désespérées du Grunge.
Et cette voix à vif qui cherche moins à lisser les aspérités qu'à les assumer comme cœur même de son identité, et qui occupe une place centrale, avec une interprétation à la fois tranchante et fragile, entre intensité viscérale, profondeur expressive et goût prononcé pour les contrastes...
La boucle se referme avec "War freaks, déjà entrevu en single : riffs presque thrash, groove épais, basse en avant et refrains taillés pour rester en tête sans sacrifier la rugosité. Les amateurs de Pantera y reconnaîtront quelques clins d'œil dans la façon de faire rebondir les guitares sur la rythmique, tandis que le chant d'Amélie, partagé entre rage et lucidité, donne au morceau des allures de manifeste.
Au final, ce premier opus de SHEtAN ressemble à une carte de visite frappée au fer rouge : cinq titres, à peine plus de vingt minutes, mais une identité déjà très affirmée, entre Grunge cabossé, Metal massif, Black expressif, voix extrême/douce et atmosphères presque mystiques, "Enantiodromia" donne surtout l'impression d'un groupe qui sait déjà ce qu'il veur, et comment proposer une musique expressive et habitée. Son esthétique signe la naissance d'une artiste hors du commun.
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Chronique par
Duby
Mai 2026 |
01 - Shut up bitch (4:48)
02 - Look inside (5:32)
03 - Samodiva (4:32)
04 - Pretty when you cry (cover) (4:21)
05 - War freaks (3:28) |
Paroles : Indisponibles. Ajoutez les paroles
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Musiciens
: Amélie Lenoir (Chant), Guillaume Furon (Guitare), Laurence Pasquini (Basse), Alice Lesage (Batterie) |
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