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"L'enfer, c'est de ne plus croire en ce qui nous anime" écrivait Emil Cioran. Une phrase qui semble résonner étrangement avec "No illusion", tant ce nouvel album de SILVERTRAIN porte en lui cette volonté farouche de continuer à créer, à avancer, à exister musicalement sans se laisser happer par les illusions ou les renoncements.
Car SILVERTRAIN, formation originaire de la région strasbourgeoise, n'a jamais été un groupe de renoncement : c'est une histoire de constance, de fidélité au Heavy Metal traditionnel, et d'une passion qui traverse les décennies.
Né à la fin des années 70 dans l'Est de la France, SILVERTRAIN s'inscrit dès ses débuts dans cette génération de groupes hexagonaux qui ont voulu faire exister un Heavy Metal authentique, influencé autant par la NWOBHM que par le Hard Rock européen. Le groupe publie son premier album "Which platform please?" et un 45 tours "Keep the flame" en 1980 avant de disparaître.
Il refait surface en 2013 avec la réédition de l'album "Which platform please?", suivi par l'album "Silvertrain" en 2014, et "Walls of insanity" en 2013. Les line‑ups évoluent, mais SILVERTRAIN reste sur les rails. L'envie et l'alchimie sont là. Pas de course à la visibilité, pas de compromis, juste un groupe qui avance à son rythme, fidèle à son identité.
"No illusion" marque une nouvelle étape dans l'histoire du groupe. Composé de neuf titres, l'album montre un SILVERTRAIN sûr de lui, solide, qui sait exactement ce qu'il veut exprimer. Le line‑up réunit des musiciens expérimentés. Le chant, porté par une voix claire mais rugueuse, donne une couleur immédiatement identifiable aux morceaux. La guitare, pilier du son SILVERTRAIN, alterne riffs tranchants et mélodies plus sombres, tandis que la basse et la batterie forment un socle rythmique compact, efficace, sans surenchère.
L'album s'ouvre sur "Spirit of evil", un titre court et nerveux, dans un Heavy Metal direct, avec une énergie presque old‑school mais une écriture plus moderne, avant un "Blackout" qui enchaîne avec un tempo plus massif, un riff plus pesant, et un refrain qui s'imprime rapidement. De son côté "No illusion", condense parfaitement l'esprit du disque : lucidité, détermination, refus des faux-semblants pour un Heavy Metal sans détour, carré, tendu, avec une guitare qui taille dans le vif et un chant qui ne cherche pas la perfection mais l'impact. C'est ça, SILVERTRAIN : pas de pose, pas de maquillage, juste l'essentiel.
Les musiciens : Philippe Yborra au chant, Florian Merindol aux guitares, Sébastien Hinderschiett à la basse et Alex Dumas à la batterie... balancent leur Heavy Metal comme on jette un pavé dans une vitrine trop propre. Pas de poudre aux yeux, pas de vernis, pas de compromis. Juste du Metal, du vrai, celui qui sent la sueur, les amplis chauffés à blanc et les répètes dans des locaux où l'humidité gagne toujours.
"The sons of darkness" et "Infernal obsession" plongent dans des atmosphères plus sombres, flirtant parfois avec un Heavy Metal plus dramatique, presque épique. Les riffs sont plus lourds, les harmonies plus menaçantes, et la batterie cogne comme un boxeur qui n'a plus rien à perdre.
Musicalement, SILVERTRAIN sonne comme un groupe avec ses aspérités, ses angles, sa chaleur. La bande joue du Heavy Metal traditionnel, mais avec une sincérité et une conviction que beaucoup de combos n'ont pas. Les riffs sont solides, les structures efficaces, les refrains mémorisables sans être faciles. On sent l'expérience, la maturité, mais aussi la rage intacte. Pas de nostalgie, pas de passéisme : juste un groupe qui sait ce qu'il est et qui l'assume pleinement.
"A world of appearance apporte une dimension plus mélodique. On y sent l'influence des grands du Heavy européen, mais digérée, réinterprétée... tandis que "Resurgence", le titre le plus long, déploie une progression plus ambitieuse et presque narrative. Il démontre que SILVERTRAIN sait construire, faire monter la tension, jouer sur les dynamiques. Pas de démonstration technique, juste une montée en puissance et une progression maîtrisées.
"I'm looking for you revient à quelque chose de plus direct, plus Rock, avant que "Keep the flame ne referme l'album sur une note claire : SILVERTRAIN continue. Oui, ils gardent la flamme, et oui, elle brûle encore.
Musicalement, l'évolution du groupe est subtile mais réelle. SILVERTRAIN reste ancré dans un Heavy Metal traditionnel, mais l'écriture s'est affinée, les structures sont plus maîtrisées, les ambiances plus travaillées. On n'est pas dans la nostalgie, mais dans une continuité assumée : un groupe qui ne cherche pas à suivre les tendances, mais à approfondir son propre langage. Les influences Maiden, Accept, Saxon, Judas Priest... sont présentes, mais digérées, intégrées, transformées en une identité propre, forgée par l'expérience et la sincérité.
Leur démarche reste artisanale, au sens noble du terme : un travail de passionnés, fait avec sérieux, sans artifice. C'est aussi ce qui donne à "No illusion" cette authenticité rare, cette impression d'écouter un groupe qui joue pour de bonnes raisons, sans calcul. Un album vrai, solide, cohérent, porté par une conviction intacte. SILVERTRAIN n'a pas besoin d'illusion : il avance avec ce qu'il est, ce qu'il sait faire, et ce qu'il veut transmettre. Et dans un paysage musical souvent saturé de productions interchangeables, cette honnêteté fait toute la différence.
Un disque qui aurait pu sortir en 1986, 1996 ou 2026 sans perdre son sens. Un disque qui rappelle que le metal n'a pas besoin d'illusion pour exister : il a juste besoin de musiciens honnêtes, habités, déterminés. SILVERTRAIN fait partie de ceux-là.
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